Carole tenait un salon de toilettage à Argelès. Dix ans d’expérience. Une clientèle fidèle de propriétaires de chiens et de chats. Et une fiche Google qu’elle avait remplie un soir de 2019, entre deux rendez-vous.
— Je comprends pas, elle m’a dit. J’ai 4,8 étoiles, 89 avis. Et les gens appellent ma concurrente.
— Ta concurrente, elle a combien d’avis ?
— Une quarantaine. Et 4,6 étoiles.
— Moins d’avis, moins bonne note, et elle gagne ?
— Oui.
J’ai ouvert les deux fiches sur mon téléphone. Côte à côte.
Celle de Carole : « Salon de toilettage canin et félin. Ouvert du mardi au samedi. »
Celle de la concurrente : « Toilettage tout en douceur pour chiens anxieux — Spécialiste des races à poils longs — Argelès-sur-Mer »
— Tu vois la différence ?
Carole a regardé. Puis elle a compris.
— La sienne, on dirait une pub. La mienne, on dirait un annuaire.
— Exactement.
Ce que les gens voient en 3 secondes
On s’est installés dans l’arrière-boutique. Odeur de shampoing pour chiens. Bruit d’un séchoir au loin.
— Ta fiche Google, j’ai dit, c’est pas une carte de visite. C’est une landing page.
— Une quoi ?
— Une page d’atterrissage. Le premier contact entre toi et un client potentiel. En trois secondes, il décide s’il t’appelle ou s’il passe au suivant.
Carole a froncé les sourcils.
— Trois secondes, c’est court.
— C’est le temps qu’il faut pour lire ton titre et ta première phrase. Si ça lui parle pas, il scroll. Y’a dix autres toiletteurs dans la liste.
— Et la mienne lui parle pas.
— « Salon de toilettage canin et félin », ça décrit ce que tu fais. Ça dit pas pourquoi toi plutôt qu’un autre.
J’ai montré la fiche de la concurrente.
— « Toilettage tout en douceur pour chiens anxieux ». Là, la proprio d’un labrador stressé se dit : « C’est exactement ce qu’il me faut. » Elle appelle. Elle pose même pas la question du prix.
La structure que ta fiche devrait suivre
J’ai attrapé un stylo et le carnet de rendez-vous de Carole. J’ai dessiné trois blocs.
— Une fiche qui convertit, c’est trois éléments. Un titre accrocheur. Un appel à l’action clair. Et du storytelling local.
— Du storytelling sur une fiche Google ?
— Pas un roman. Quelques phrases qui racontent qui tu es et pourquoi ici. Les gens veulent du local. Du vrai. Pas du générique.
J’ai pointé le premier bloc.
— Le titre, c’est ton nom d’établissement. T’as le droit d’y mettre ta spécialité. Pas de bourrage de mots-clés, Google déteste ça. Mais une indication claire de ce qui te rend différente.
— Genre quoi ?
— « Carole Toilettage — Spécialiste races nordiques et chiens sensibles — Argelès ». Le maître d’un husky anxieux voit ça, il sait qu’il est au bon endroit.
Carole notait.
— Deuxième bloc : la description. C’est là que tu racontes. Pas ton CV. Ton approche. Ton histoire locale. Pourquoi tu fais ce métier ici.
— J’ai 750 caractères, c’est ça ?
— 750 caractères pour convaincre. Chaque mot compte.
Ce qu’on a réécrit ensemble
J’ai ouvert un document sur mon téléphone. On a retravaillé sa description ligne par ligne.
Ancienne version :
« Salon de toilettage pour chiens et chats. Nous proposons des prestations de qualité dans un cadre agréable. Ouvert du mardi au samedi. Parking disponible. »
Nouvelle version :
« Installée à Argelès depuis 2014, j’accueille vos compagnons comme les miens. Spécialisée dans les races à poils longs et les chiens anxieux, je prends le temps qu’il faut pour que chaque toilettage soit un moment calme, pas une épreuve. Épagneuls, bergers australiens, huskys : je connais leurs besoins. Prenez rendez-vous par téléphone, je vous rappelle dans l’heure. »
Carole a relu.
— C’est plus personnel.
— C’est toi. La cliente qui lit ça, elle sent qu’elle confie pas son chien à une usine. Elle confie son chien à quelqu’un qui comprend.
— Et le truc du rappel dans l’heure ?
— C’est ton appel à l’action. Tu dis pas juste « appelez-moi ». Tu dis ce qui va se passer. « Je vous rappelle dans l’heure. » C’est concret. C’est rassurant. C’est un engagement.
Les posts que Carole n’utilisait pas
J’ai scrollé sa fiche.
— Tu publies des posts ?
— Des quoi ?
— Les posts Google. Tu peux publier des actualités, des offres, des photos avec du texte. Ça apparaît direct sur ta fiche.
— Je savais même pas que ça existait.
J’ai ouvert la fiche de sa concurrente. Trois posts récents. « Nouveau : toilettage spa pour chiens stressés. » « -10% sur le premier toilettage en janvier. » « Témoignage : Filou le bichon, avant/après. »
— Elle raconte une histoire chaque semaine, j’ai dit. Toi, ta fiche est muette.
— Et les gens lisent ça ?
— Les gens scrollent. Ils voient que c’est vivant. Que t’es active. Que t’as des vraies histoires avec des vrais chiens. Ça rassure.
On a créé son premier post ensemble. Une photo d’un golden retriever avant/après toilettage. Trois lignes : « Roméo, 7 ans, n’aimait pas le bain. Aujourd’hui, il s’est endormi pendant le séchage. Comme quoi, avec de la patience… »
— C’est tout ?
— C’est du storytelling local. C’est Roméo d’Argelès. Pas un chien générique. Les gens du coin reconnaissent. Ils font confiance.
Un mois plus tard
Carole m’a envoyé un vocal un dimanche soir.
« Faut que je te dise. J’ai eu neuf appels cette semaine. Neuf. Y’a une dame qui m’a dit qu’elle m’avait choisie parce que j’avais l’air de vraiment aimer les chiens anxieux. Elle a un dogue allemand qui tremble dès qu’on sort la brosse. »
Je l’ai rappelée le lendemain.
— Ta concurrente, elle fait toujours plus d’appels que toi ?
— Je sais pas. Mais moi j’ai plus de créneaux vides le jeudi. Ça faisait deux ans que le jeudi était mort.
— T’as changé quoi exactement ?
— Le titre. La description. Et je poste une photo par semaine. Toujours avec une petite histoire. Les gens commentent maintenant. Y’en a une qui m’a dit : « J’ai l’impression de vous connaître avant même de venir. »
— C’est exactement ça. Ta fiche fait le travail de confiance avant le premier appel.
— Je pensais que c’était juste un annuaire en ligne.
— Tout le monde pense ça. C’est pour ça que tout le monde a des fiches qui ressemblent à rien.
Les erreurs qui empêchent votre fiche de convertir
Carole avait 89 avis et elle perdait face à 40. Parce que sa fiche ne racontait rien.
→ Description générique type annuaire → Le client ne sait pas pourquoi vous plutôt qu’un autre.
→ Titre sans spécialité → Vous êtes noyé dans la masse des résultats.
→ Aucun appel à l’action → Le client ne sait pas quoi faire ensuite.
→ Zéro post publié → Votre fiche paraît inactive, abandonnée.
→ Pas de storytelling local → Aucune connexion émotionnelle, aucune confiance.
→ Focus sur les caractéristiques, pas les bénéfices → Vous parlez de vous au lieu de parler du client.
Ta fiche Google est une landing page. Traite-la comme telle.