Éric m’a montré son écran. Tableau de bord Google Ads. Deux mois de campagne.
— Regarde. 1 200 euros dépensés. Et je sais même pas ce que j’ai eu en retour.
Il avait lancé une campagne intelligente en janvier. Google lui avait promis la simplicité. « Laissez-nous gérer, on s’occupe de tout. »
— T’as eu combien d’appels ? j’ai demandé.
— Aucune idée. Le tableau me montre des clics, des impressions, des trucs. Mais des appels concrets, des clients qui sont venus grâce à ça ? Je sais pas.
— Tu sais pas, ou y’en a pas eu ?
Éric a haussé les épaules.
— C’est bien ça le problème. Je sais pas.
Ce que Google ne vous dit pas sur les campagnes automatiques
Je lui ai demandé d’ouvrir les détails de sa campagne. Il a cherché. Cliqué. Cherché encore.
— Je trouve pas où voir les mots-clés.
— Normal. Y’en a pas.
— Comment ça, y’en a pas ?
— Les campagnes intelligentes, tu choisis pas tes mots-clés. Google décide pour toi. Tu vois même pas sur quoi tu apparais.
Éric a fixé l’écran.
— Donc je paye pour des recherches, mais je sais pas lesquelles ?
— Exactement.
— Et je peux pas choisir ?
— Non.
Il s’est reculé dans sa chaise. Le genre de geste qu’on fait quand on réalise qu’on s’est fait avoir.
— C’est quoi cette arnaque ?
— C’est pas une arnaque. C’est un produit conçu pour que tu dépenses sans poser de questions.
Pourquoi Google pousse les campagnes intelligentes
Google gagne de l’argent à chaque clic. Plus tu cliques, plus il encaisse. Son intérêt, c’est que tu dépenses ton budget. Pas que tu obtiennes des clients.
Je sais, c’est brutal. Mais c’est la réalité.
Les campagnes intelligentes sont conçues pour les gens pressés. Ceux qui veulent lancer une pub en dix minutes sans se prendre la tête. Google leur dit : « Donnez-moi votre budget, je m’occupe du reste. »
Et il s’en occupe. À sa manière.
— Tu sais ce qui se passe concrètement ? j’ai dit à Éric. Google diffuse ta pub sur des requêtes larges. Très larges. Quelqu’un tape « déménagement pas cher », tu apparais. Quelqu’un tape « comment déménager soi-même », tu apparais aussi.
— Mais ça, c’est des gens qui veulent pas payer un déménageur.
— Exactement. Et toi, tu payes quand même le clic.
Éric a regardé son budget. 1 200 euros. Partis en clics inutiles. En curiosité. En gens qui cherchaient autre chose.
— Automatique, ça veut pas dire optimisé, j’ai ajouté. Ça veut dire que Google optimise pour lui. Pas pour toi.
Ce qu’Éric ne voyait pas
Le problème des campagnes intelligentes, c’est l’opacité.
Pas de mots-clés à consulter. Pas de contrôle sur les enchères. Pas de vision sur les requêtes réelles. Tu donnes ton argent et tu fais confiance.
— Dans une campagne manuelle, j’ai expliqué, tu choisis chaque mot-clé. Tu décides combien tu veux payer pour chacun. Tu vois exactement ce que les gens ont tapé avant de cliquer. Et tu peux exclure les requêtes pourries.
— Exclure ?
— Oui. Si tu vois que des gens cliquent sur « déménagement gratuit », tu bloques ce mot. Plus jamais tu payes pour ça.
— Et avec la campagne intelligente ?
— Tu peux pas. Tu subis.
Éric a secoué la tête.
— Pourquoi Google propose ça alors ? Pourquoi c’est le premier truc qu’ils te mettent sous le nez ?
— Parce que c’est plus facile à vendre. « Lancez votre campagne en 10 minutes. » Ça fait rêver. Et une fois que t’as commencé, t’as pas envie d’admettre que ça marche pas.
Le jour où Éric a repris le contrôle
On a passé une heure ensemble. J’ai créé une campagne manuelle à côté de sa campagne intelligente.
Mêmes services. Même zone géographique. Même budget mensuel : 600 euros chacune.
La différence : sur la campagne manuelle, j’ai choisi 15 mots-clés précis. « Déménageur Aix-en-Provence ». « Entreprise déménagement Marseille ». « Devis déménagement 13 ». Des gens qui cherchent vraiment un prestataire.
J’ai exclu les mots toxiques dès le départ. « Gratuit ». « Pas cher ». « Soi-même ». « Étudiant ».
Et j’ai activé le suivi des appels. Chaque appel généré par la pub serait comptabilisé.
— Dans un mois, on compare, j’ai dit.
Éric était sceptique.
— T’es sûr que ça vaut le coup de se compliquer la vie ?
— C’est pas se compliquer. C’est reprendre le volant.
Un mois plus tard
Éric m’a envoyé une capture d’écran.
Campagne intelligente : 600 euros dépensés, 847 clics, 0 appel suivi.
Campagne manuelle : 600 euros dépensés, 312 clics, 9 appels.
— Attends, il m’a dit au téléphone. J’ai moins de clics mais plus de résultats ?
— Oui.
— Comment c’est possible ?
— Parce que les clics de la campagne intelligente, c’est du bruit. Des gens qui cherchaient autre chose. Des curieux. Des erreurs. La campagne manuelle, elle cible des gens qui veulent vraiment un déménageur.
— 9 appels pour 600 euros.
— 66 euros par appel. Et sur les 9, t’en as converti combien ?
— Trois. Trois déménagements.
J’ai fait le calcul avec lui. Trois clients. Panier moyen : 800 euros. Chiffre d’affaires : 2 400 euros. Pour 600 euros de pub.
— Et la campagne intelligente, elle t’a rapporté combien ?
Silence.
— Je sais même pas. Je peux pas savoir. J’ai aucun moyen de relier les clics à des vrais clients.
— Voilà. C’est ça le piège. Tu dépenses, mais tu peux jamais mesurer. Alors tu continues à dépenser.
Ce que j’observe chez ceux qui gaspillent leur budget
Éric n’est pas un cas isolé. Je vois ça chaque semaine.
→ Campagne intelligente par défaut → Google décide où va votre argent, pas vous.
→ Aucun mot-clé exclu → Vous payez pour des clics qui ne convertiront jamais.
→ Pas de suivi des conversions → Impossible de savoir ce qui marche.
→ Budget dépensé = succès → Non. Budget dépensé efficacement = succès.
→ « C’est trop compliqué » → C’est ce que Google veut que vous pensiez.
→ Confiance aveugle dans l’algorithme → L’algorithme optimise pour Google, pas pour vous.
Éric a coupé sa campagne intelligente le lendemain de notre appel. Il n’a gardé que la manuelle.
Trois mois plus tard, son coût par client avait baissé de 40%.
Automatique ne veut pas dire optimisé. Reprenez le contrôle.